La CNIL vient de consacrer deux pages à une pratique que tout prospecteur connaît : deviner l’adresse d’un contact à partir de son nom et du format maison de son entreprise, le fameux prenom.nom@entreprise.fr. Elle ne l’interdit pas. Elle ne la bénit pas non plus : elle pose des conditions, à examiner au cas par cas. Reste à savoir ce que cela change quand on prospecte avec un outil qui fait ce travail à votre place.
Sommaire 7 parties
La réponse courte
Pour trouver l’e-mail professionnel d’un prospect, trois méthodes existent : le deviner à partir du format de l’entreprise, le chercher dans une base d’adresses déjà collectées, ou le lire sur le profil LinkedIn avec une extension. Les outils mélangent ces méthodes, et ils ne vous disent pas tous laquelle ils utilisent. Pour un freelance ou une petite structure qui prospecte quelques dizaines de contacts par semaine, un plan gratuit suffit pour tester : Hunter, Dropcontact, Kaspr et Lusha en proposent tous un, avec un petit stock de crédits mensuels ou à l’inscription. L’outil ne règle pas la question juridique à votre place : c’est vous qui prospectez, et c’est à vous de tenir les garanties que la CNIL attend.
Les trois façons de trouver une adresse
Deviner. Les entreprises adoptent presque toutes un format d’adresse. Connaissant le format et le nom de la personne, on teste les variantes plausibles, puis on vérifie qu’elles existent. C’est ce que la CNIL appelle la reconstitution. Le procédé est simple, il produit beaucoup d’adresses qui n’ont jamais été publiées, et c’est précisément ce qui le rend sensible.
Chercher dans une base. Des éditeurs collectent des adresses publiques sur le web et les rangent dans une base. L’outil cherche d’abord une correspondance exacte. La question de savoir d’où viennent les données reste, pour chaque base, celle de son éditeur.
Lire un profil. Une extension de navigateur affiche les coordonnées associées à un profil LinkedIn que vous consultez. Pratique, rapide, mais l’origine des données dépend à nouveau de l’éditeur.
Ce que la CNIL dit, et ne dit pas
Les deux pages de la CNIL portent sur la seule reconstitution d’adresses. Elles ne parlent d’aucun outil. Ce qu’elles posent :
- Le fait qu’une donnée soit en ligne ne dispense ni du RGPD ni, le cas échéant, des règles de prospection commerciale.
- L’intérêt légitime peut servir de base, à condition d’avoir un intérêt réel à contacter la personne et de ne pas porter une atteinte disproportionnée à ses droits.
- La question se juge au cas par cas : la personne pouvait-elle raisonnablement s’attendre à ce qu’on reconstitue son adresse ?
- Quand la reconstitution sert une prospection B2B fondée sur l’intérêt légitime, elle peut généralement reposer sur la même base, sans que ce soit automatique.
- Une personne sans présence identifiable en ligne, ou qui protège ses coordonnées, ne peut en principe pas s’attendre à voir son adresse reconstituée.
Côté garanties, la CNIL recommande de ne conserver l’adresse que si un premier contact effectif a lieu dans un délai raisonnable, et d’exclure immédiatement de toute reconstitution la personne qui s’y oppose, sans qu’elle ait à se justifier. Si ces conditions ne sont pas réunies, l’organisme doit s’abstenir, sauf à recueillir le consentement.
Ce que ces pages ne disent pas : elles ne désignent aucun outil conforme ou non conforme, elles ne détaillent pas de sanction propre à la reconstitution, et elles ne disent rien du contenu de vos e-mails. Tout autre discours sur « l’outil conforme CNIL » est de la vente.
Traduction opérationnelle pour votre séquence : ne gardez pas les adresses devinées de prospects qui ne répondent jamais, retirez sans discussion quiconque s’oppose, et évitez de viser des personnes qui n’ont manifestement aucune présence professionnelle en ligne. L’article n’est pas un avis juridique : pour un cas précis, la source reste la CNIL, et un juriste si l’enjeu le justifie. Pour le cadre général du site sur la donnée, voyez aussi notre page sur le RGPD.

Quatre outils, tels que leurs éditeurs les décrivent
Les éléments ci-dessous viennent des pages publiques de chaque éditeur, relues pour cet article. Les montants sont ceux affichés sur ces pages, sans garantie de mise à jour.
Hunter
Hunter décrit une méthode en trois temps : une recherche dans sa base d’adresses publiques trouvées sur le web (« plus de cent millions » selon l’éditeur), une estimation à partir des formats d’adresses quand rien ne correspond, puis une vérification avant de renvoyer le résultat. Il faut fournir le nom complet et le domaine. Une recherche qui aboutit coûte un crédit, une recherche qui échoue est gratuite.
Côté tarifs, le plan gratuit donne 50 crédits par mois. Le plan Starter est affiché à 49 dollars par mois en facturation mensuelle, 34 dollars en facturation annuelle, pour 2 000 crédits par mois. La page de tarifs est en anglais, une version française du site existe, et aucun essai gratuit n’est mentionné en dehors du plan gratuit.
Dropcontact
Dropcontact affirme n’utiliser aucune base de contacts : tout passe par des algorithmes, sur des serveurs situés dans l’Union européenne. Une méthode algorithmique de ce type se rapproche de la reconstitution décrite par la CNIL, ce qui ne dit rien de sa conformité : l’éditeur revendique un traitement conforme au RGPD, et c’est une déclaration d’éditeur.
Le plan Starter est affiché à 79 euros par mois, le plan Growth à 120 euros, avec 20 % de remise en annuel. L’éditeur offre 50 crédits gratuits à l’inscription et recrédite une adresse non trouvée. La page est disponible en français.
Kaspr
Kaspr passe surtout par une extension de navigateur qui affiche les coordonnées depuis le profil LinkedIn, et annonce une base alimentée par « plus de 150 sources » sans les nommer. L’éditeur affirme des données conformes au RGPD et renvoie vers une charte et une page d’opposition.
Le plan gratuit donne 15 crédits d’e-mails B2B, 5 crédits de téléphone et 5 crédits d’e-mails directs par mois. La page de tarifs présente des incohérences internes sur ce qui est illimité ou non : vérifiez dans le tableau, pas dans le titre. Une version française existe.
Lusha
Lusha facture un crédit pour un e-mail vérifié et cinq pour un numéro de téléphone. Le plan gratuit est permanent, avec 40 crédits par mois, et aucune période d’essai n’est mentionnée. La page de tarifs consultée est en anglais, et les montants des plans payants n’y figuraient pas de façon exploitable : pas de chiffre ici plutôt qu’un chiffre approximatif.
Lequel pour quel usage
Si vous voulez savoir comment l’adresse a été obtenue, la page de Hunter est celle qui détaille le mieux les étapes et affiche les sources publiques quand une adresse a été trouvée en ligne. Si vous préférez un outil qui n’a pas de base de contacts, c’est le positionnement revendiqué par Dropcontact, avec une interface en français. Si votre prospection passe par LinkedIn et que vous voulez les coordonnées d’un profil en un clic, c’est le terrain de Kaspr. Lusha convient pour un test à très petit volume, avec le plan gratuit.
Aucun de ces choix ne vous dispense de la partie CNIL. Un outil qui trouve l’adresse ne choisit pas pour vous qui contacter, combien de temps garder l’adresse, ni quoi faire de l’opposition d’un destinataire.

Les erreurs qui coûtent cher
Garder toutes les adresses trouvées « au cas où ». La CNIL recommande de ne conserver une adresse reconstituée que si un premier contact effectif a lieu. Une liste de milliers d’adresses jamais contactées est exactement ce qu’elle déconseille.
Ignorer une opposition parce qu’elle arrive par un canal inattendu. Une personne qui demande d’arrêter, par le canal qu’elle choisit, doit être sortie de vos traitements : la CNIL demande une exclusion immédiate, sans justification.
Prendre une promesse d’éditeur pour une garantie. « Conforme au RGPD » est une déclaration de l’éditeur. La responsabilité de votre prospection reste la vôtre.
Compter sur un volume de crédits sans calculer. Un plan gratuit à 15 ou 40 crédits par mois couvre un test, pas une séquence.
Et une fois l’adresse trouvée
L’adresse n’est qu’un début. Pour construire la séquence qui la suit, voyez la méthode pour décrocher des clients sur LinkedIn, le cas particulier de l’InMail LinkedIn automatisé quand l’invitation reste sans réponse, et le classement des logiciels d’emailing pour l’envoi lui-même.

